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L'industrie tuera t'elle l'artisanat d'art?

De la singularité à l'uniformisation, de l'objet unique au produit de masse

Notre société pourrait-elle se passer de ses irréductibles créateurs d'art et de sa culture populaire?

L’artisanat d’art est un univers discret. Tantôt avant-gardiste, tantôt traditionaliste, il sublime la matière en la forgeant et en lui donnant formes. Ces œuvres nous émeuvent par leurs singularités et leurs histoires sont porteuses de messages à forte dimension sociale et environnementale, et bien-sûr esthétique et symbolique. L’artisanat d’art n’a eu de cesse d’influencer cette industrie de la conformité et de l’uniformisation. Ces fabricants à la chaîne dont leur modèle économique et social repose sur une hiérarchisation verticale, ou la redistribution inégalitaire de la richesse produite est la norme. Ces industries délocalisées font de ces objets, des produits de masse à lourd impact écologique. L’objet est standardisé et devient impersonnel et vide de tout sens moral et éthique.

Puis l’artisanat d’art a vu arriver le designer, signe que l’industrie avec ses grosses machines n’arrive pas à fabriquer la créativité! Ils ont donc inventé ce métier par nécessité. Ce designer au service de l’industrie a pour mission de définir les tendances de demain qui inondera le marché de nouveaux produits « prêt à consommer ». La main de l’artisan d’art se fiche bien de la norme et de la productivité. Il fait les choses en conscience, prend son temps. Il faut oser le dire que le designer doit tout à l’artisan d’art et l’artisan d’art ne doit rien au designer (du moins pour le moment).

Quelles valeurs donnons nous à nos objets?

Il est vrai, les choses ont été débattues depuis longtemps. Depuis un peu moins de deux siècles, les métiers d’art ont influencé l’industrie qui cherchait quant à elle, la rentabilité et la productivité qui semblait nécessaire à cette époque. Cette « création industrielle » naissante allait faire du design sa science. Il se cache d’ailleurs souvent un artisan d’art ou un artiste derrière la création industrielle. Tantôt des « nègres » à leur insu s’étant lâchement faits copié un modèle, une forme, une fonctionnalité nouvelle, fruit de plusieurs mois de travail et de réflexion. Tantôt une collaboration sur une collection ou un produit, visant à renforcer la notoriété d’un industriel et augmenter les revenus de l’artisan d’art.

En effet, cette porosité du monde de l’industrie et de l’artisanat d’art est importante et nécessaire. Mais ce qui est triste c’est que l’industriel qui délocalise s’enrichit et que l’artisan d’art qui produit en circuit court et en ayant un impact environnemental faible voir neutre ne fait que survivre grâce à sa passion inébranlable. Il y a donc bien une différence de taille entre tous ces petits créateurs qui sont tout autour de nous et ces usines qui sont à l’autre bout de la terre. Il y a de la proximité entre ces artisans et les consommateurs que nous sommes. Ils embellissent notre quotidien si tenté que nous y sommes sensibles.

Si nous accordons plus d’importance aux artisans d'art, aux petits producteurs agricole,... beaucoup de problèmes pourraient être résolus, comme le problème du bien-être au travail puisque celui-ci va de pair avec l’autoritarisme créé par le système de hiérarchisation verticale et l’inégalité des salaires. L’impact environnemental serait moins important, car les artisans d’art aiment leur territoire et que si une dégradation de l’environnement avait lieu nous aurions trouvé rapidement une solution puisque cela se passe proche de chez nous. Quant aux responsabilités elle n’aurait pas pu être fuie, car un artisan d’art n’est pas un PDG d’industrie qui par des subterfuges plus ou moins légalisés annihile ou fait trainer un quelconque procès juste et éclairé.

Il ne s’agit pas là d’un procès d’intention contre l’industrie. Ne recherchant que l’équilibre des forces productives et créatrices de notre beau pays je suis pour l’émergence d’un nouveau modèle économique et social. Les artisans d’art doivent faire l’objet d’une attention particulière des pouvoirs publics. Leur donner plus d’importance participera à l’émergence d’une économie circulaire et solidaire. Le designer, bien qu’il soit un métier récent pourrait bien permettre de créer un pont de vertus entre les artisans d’art et les industriels. Si toutefois ces derniers consentent à revoir leur modèle de développement.

L'équilibre des forces sociales libérera t'elle notre puissance créative?

Ce nouveau modèle servirait à un meilleur partage des richesses produites, à un modèle de collaboration à hiérarchie horizontale, donnant à chaque salarié le pouvoir de recourir à sa propre créativité. Cela donnerait au monde du travail les moyens de se transformer pour devenir un véritable lieu de transformation et d’épanouissement personnel et collectif. Il en tiendra donc aux designers de considérer les artisans d’art comme il se doit, sans condescendance et ni arrogance. Les deux doivent coexister et s’entremêler pour fournir ce qui deviendra dans le futur cette nouvelle culture artistique, éthique, solidaire et écologique.

J’ai créé Hellotopia pour cette raison, car avant tout je suis un citoyen de ce monde. Je suis sensible au bien-être de tous et j’ai beaucoup d’admiration pour toutes ces âmes agissantes et modestes, qui nous apporte un autre rapport à l’objet et nous font prendre conscience de chose bien plus profonde. Nous avons le devoir de nous poser les bonnes questions quand nous regardons les objets qui nous entourent. La fabrication de cet objet à t il eut un impact négatif sur l’environnement ? Où sont-ils fabriqués ? Les travailleurs ont-ils bénéficié de bonnes conditions sociales ? Perçoivent-ils un salaire décent ?

Et si nous pourrions sortir de notre statut de consommateur pour devenir acteur?

Si vous vous en fichez, je suis bien désolé de vous dire que vous ne pensez pas assez aux autres. Ces autres peuvent être vos enfants, vos petits-enfants ou les enfants des autres. Nous allons leur léguer cette terre, léguons-leur aussi des valeurs ! Pas de l'égoïsme basé sur la satisfaction de nos désirs à cour terme, mais de partage, pas d’asservissement mais de collaboration, pas un monde matérialiste et passif, mais un monde idéaliste et créatif.

Puisqu’il convient que chacun doive faire sa part, je me suis associé à d’autres, indépendants comme moi, pour donner vie à Créat’up. Créat’up est une agence de développement digital un peu particulière. En effet, elle ne fait rien comme les autres puisque déjà elle se restreint dans son développement d’affaire par le simple fait de vouloir accompagner que des petites entreprises porteuses de sens. Elle accompagne principalement des artisans d’art, des créateurs et de petits producteurs en agriculture biologique et en circuit court. Elle a tout intérêt à croire que tous ces petits acteurs aux grandes causes représentent l’avenir ; sans quoi elle n’aurait pas de raison d’être. L’autre particularité est que chaque membre de l’équipe de créat’up sont des indépendants mettant leur savoir-faire et leurs compétences aux services d’un objectif commun.

Pourrions-nous réinventer nos rapports dans le monde professionnel, pour plus de bien-être et de créativité?

Dans nos rangs, pas de chef, pas de patron, juste une intelligence collective œuvrant pour un nouveau modèle économique et social. Nous tenons notre forte légitimité du fait que nous sommes justement des indépendants aux services d’autres personnes comme nous, sans hiérarchie étouffante et avec des idées plein la tête pour rendre ce monde plus créatif, plus beau, plus juste et plus équitable.

Dans ce contexte, vous comprendrez que nous ne pensons pas que l’industrie aura raison de l’artisanat d’art. De nouvelles pratiques et de nouveaux métiers verront le jour, c’est une certitude car les technologies évoluent sans cesse. Mais ces créateurs aux pensées et inspirations multiformes resteront toujours les garants de la biodiversité de l'esprit créatif, et seront les récipiendaires de cette société nouvelle débarrassée des dogmes de la pensée unique et mondialisée.

Le bien-être au travail, c'est quand nous aimons ce que nous faisons sans subir de contrainte. Une fois libéré du poids d'une hiérarchie verticale et centralisatrice, nous redécouvrons de nouvelles façons de collaborer ensemble. Créat-up est un très bon exemple puisqu'il est le fruit d'une collaboration libre et consentie entre professionnels pour accompagner les petites entreprises dans leur développement digital.

 

Ghislain Hoareau. Hellotopia-2019

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